TSF
Tension, synchronisation, fusion
Eugénie Touzé, Flavie L.T, Winnie Mo Rielly
Trouver un titre est toujours un exercice difficile. Celui-ci s’est imposé presque malgré nous. Il fut le préféré du Club des i, sans doute parce qu’il condense plusieurs tensions à l’œuvre dans cette exposition : tension physique des matériaux, tension du temps présent, tension entre les êtres aussi, inévitable dans tout projet collectif. Mais TSF évoque également autre chose : une capacité de synchronisation, de souplesse, d’adaptation aux situations, et peut-être, au bout du compte, une forme de fusion — même si le mot est sans doute trop fort. Disons plutôt : la possibilité que des rencontres provoquées fassent naître d’autres relations, d’autres projets, d’autres devenirs.
Lorsque des amis de longue date, compagnons de route de près de quarante ans, vous demandent de participer à leur nouveau projet au 39 boulevard Beaumarchais, la question n’est pas simple. Elle oblige à revenir sur des décennies de fréquentation d’artistes, à Bordeaux comme à Paris, sur des promotions entières croisées année après année, sur des centaines de parcours aperçus, suivis, parfois accompagnés. Comment choisir ? Et surtout : comment choisir parmi celles et ceux dont le parcours ne relève ni de l’évidence ni de la simple conformité aux attentes du moment ?
Je me souviens d’une remarque de Xie Lei, aujourd’hui lauréat du prix Marcel Duchamp : « Toi, tu n’aimes pas la peinture. » La formule était vive, peut-être un peu provocatrice, mais elle disait au fond quelque chose de juste : mon regard s’est souvent porté vers des pratiques qui déplacent les cadres, brouillent les frontières entre médiums, travaillent moins à affirmer une identité de genre qu’à construire une manière singulière de sentir et de formuler le monde.
Mon choix s’est ainsi porté assez naturellement vers trois artistes rencontrées aux Beaux-Arts de Paris dans des circonstances très différentes : Flavie L.-T., Eugénie Touzé et Winnie Mo Rielly. Je voulais réunir des artistes qui posent sur le monde un regard vif, sensible, précis, poétique aussi, sans jamais céder à l’effet. Trois artistes dont les œuvres procèdent chacune d’une attention aiguë aux situations, aux matières, aux déplacements, aux formes de présence.
Bois, tissu, impressions sur papier, photographie, vidéo, matériaux récupérés ou transformés : les médiums sont divers, mais ils ont en commun de ne jamais être traités comme des fins en soi. Ce qui importe, c’est la manière dont ils prennent vie dans l’espace — un espace que l’une d’entre elles qualifie de domestique — et la manière dont ils rendent possible une forme de présence. Il y a là quelque chose que l’on pourrait appeler une poésie de la trouvaille. Winnie Mo Rielly cherche et éprouve des matériaux trouvés, des tissus récupérés, pour leur donner une nouvelle tenue. Eugénie Touzé compose sa matière filmique à partir de rencontres faites en résidence. Flavie L.-T. développe des formes qui impliquent de résoudre des questions techniques, de travailler avec des fabricants, de chercher les complicités industrielles nécessaires à leur venue au monde.
Depuis plusieurs années, on parle beaucoup d’un retour à la peinture, et en particulier à la peinture figurative. Mais la scène actuelle ne se laisse pas réduire à ce seul récit. Toutes les expressions coexistent, y compris la photographie argentique, les formes installatives, les pratiques performatives, les hybridations de médiums. Ce qui me semble caractériser nombre de jeunes artistes aujourd’hui est moins l’appartenance à une discipline que la capacité à mobiliser plusieurs moyens d’expression selon les contextes, les nécessités du travail, les formes de vie et de recherche qu’il engage.
Peut-être est-ce cela aussi que l’exposition TSF cherche à rendre perceptible : non pas une école, non pas une tendance, mais trois manières de continuer à regarder, à accompagner, à conseiller...
Comme le dit Laurie Anderson ne pas se laisser écraser par le poids du monde, ou comme l'a écrit Flavie L., sur une carte postale, REDIRE L'ÉTAT DU MONDE mais différemment.
— Jany Lauga
Horaires
Mardi -samedi · 14h-19h et sur rendez-vous
fermé le lundi et les jours fériés
Vernissage
5 mai 2026 · 18h30-21h
→ Communiqué de presse (FR)
Flavie L.T
Au travers de ses installations qui se confrontent au corps,Flavie L.T propose une redécouverte des donnés du réel. Elle utilise et choisit avec une grande attention et précision des matériaux bruts, des formes apparemment simples, épurées voire élémentaires pour ses dispositifs présentés dans l’espace public.
Winnie Mo Rielly
Née à Londres, Winnie Mo Rielly vit à Paris. L’intimité suggérée dans sa pratique est à la source de son travail multidisciplinaire. Elle place le corps au premier plan. Attirée par l’espace habité, elle conjugue à la fois sculptures, photographies, performances ou l’intime n’est jamais loin.
Eugénie Touzé
Vit et travaille entre Paris et la Normandie. Très imprégnée de nature, elle participe à de nombreuses résidences en milieu rural, dont la prochaine dans une réserve en Afrique du Sud. Ses photographies, films, installations vidéo relatent son intimité avec le paysage.
Jany Lauga
Après une expérience auprès du collectif de théâtre Fartov et Belcher à Bordeaux, Jany Lauga a été chargée des publics de 1983 à 1996, puis de la programmation culturelle de 1996 à 2003 au Capc et de 2003 à 2019, à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts. Son engagement se distingue par une attention fidèle aux trajectoires artistiques des jeunes artistes qu’elle a croisés et accompagnés lors d’une carrière riche de plus de 40 ans de rencontres et de découvertes.
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Commissariat d'exposition Jany Lauga
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Conception graphique : → Juanma Gomez
Développement web : → Olivier J.